CONVERSATION AVEC LE TAUPIER
Photo de couverture par l'auteur.
4e de couverture :
Le taupier louait ses services dans les fermes et travaillait entre le ciel d’hiver et une terre souvent boueuse à délivrer des taupes le terrain agricole. L'auteur a longuement interrogé celui qu’il connaissait depuis l’enfance.
Ce solitaire, tant démuni, est plus misérable sans doute qu’un domestique agricole mais plus libre. Pourtant, la bouche pleine d’un silence terreux, il s’empêche de dire à table ce qu’il a vu dans la campagne. Il ne peut parler que du temps, des péripéties du métier.
Au récit que fait l’homme de son existence, de ses moyens pour prendre les taupes, de sa quotidienne pensée pour les deviner en leurs galeries (est-ce avec les taupes encore qu’il joue aux cartes le soir ?), l’auteur noue ses propres images. Surgissent alors, furtifs, cernés de haies touffues, quelques caractères paysans, des éclats de voix saisis à travers le bois épais des portes, l’austère vie des fermes, inchangée depuis des temps immémoriaux, désormais presque disparue.
JLT
Aperçu :
Il y a des jours dans une ferme où l’on ne parle même pas au dîner de midi et demie. C’est que le patron est soucieux pour une jument qui a des coliques. Enfin, elle ne sait pas comment se mettre. "Ah, dame, les chevaux, hein…" Non, on garde ça pour soi. On se tait. La patronne a le visage attristé. Le patron, lui, fait comme si rien n’était, sauf qu’il ne parle pas, méticuleux dans son repas, reprenant les miettes en silence. Le commis et le taupier savent que ce n’est pas le moment, ils répondent juste "Merci, ça va" à la patronne qui tout de même pousse encore le plat vers eux ou sert le cidre.
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